Designer
Aude Lavergne
Dessin et bâti — Belverne
Elle dessine les pièces de Belverne en commençant par le dessous. C'est là que se joue la portance, et c'est la seule partie d'un meuble que personne ne regarde avant de l'avoir retourné.
Aude Lavergne a passé onze ans à relever des meubles anciens avant d'en dessiner. Elle en a tiré une méthode courte : mesurer la charge, puis la trajectoire de cette charge jusqu'au sol. Le reste — la forme, la teinte, la poignée — vient après, et se discute.
Ses dessins portent tous la même contrainte : un blanc égal à 2,14 fois l'épaisseur du trait. C'est la proportion du Pilotis, le signe de la maison, et elle la reporte sur les traverses, les entretoises et les espacements de tablette. Sous ce rapport, dit-elle, une structure se referme et cesse de respirer.
Elle nomme chaque pièce d'un toponyme d'aulnaie française — Vernay, Verneuil, Aunay, Guern. Environ deux cent trente lieux-dits français sont formés sur verne ou vergne, le nom gaulois de l'aulne. Le stock de noms dépassera le stock de modèles.
Un meuble ne se juge pas de face. Il se juge à quatre pattes, la tête sous le plateau.